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Dans cet article :

    La situation de travaux, c’est le document que tout le monde comprend en phase chantier et que presque tout le monde produit différemment. Certains maîtres d’œuvre la font à la main dans Excel, ligne par ligne, en recalculant les cumuls depuis le dernier document. D’autres ressaisissent des données déjà dans leur logiciel. D’autres encore attendent que l’entreprise envoie sa facture pour rétroplanning la situation.
    Ces méthodes ont en commun de générer des erreurs difficiles à détecter et des tensions inutiles avec les entreprises sur des montants, sur des retenues, sur des avenants pas encore intégrés. Et quand l’erreur apparaît, c’est toujours au mauvais moment : en fin de chantier, lors du décompte général définitif, quand tout le monde est fatigué.

    Cet article vous donne une méthode claire pour produire vos situations de travaux avec rigueur, éviter les erreurs les plus fréquentes et générer la proposition de paiement associée sans ressaisie.

    Définition et rôle de la situation de travaux

    La situation de travaux est un document périodique, le plus souvent mensuel, qui constate l’état d’avancement des travaux d’une entreprise à une date donnée. Elle est produite par le maître d’œuvre, validée par lui, puis transmise au maître d’ouvrage sous forme de proposition de paiement.
    Elle n’est pas une facture. La facture est émise par l’entreprise. La situation est le document du maître d’œuvre qui certifie que les travaux réalisés correspondent à ce que l’entreprise peut facturer.

    Ce que la situation de travaux contient

    Une situation complète reprend les éléments suivants pour chaque lot concerné :

    Situation de travaux

    La situation cumule les travaux depuis l’ordre de service. Ce n’est pas le montant du mois qui déclenche le paiement, c’est la différence entre le cumulé actuel et le cumulé de la situation précédente. Ce mécanisme de cumul garantit qu’aucune prestation n’est payée deux fois et que le suivi est cohérent d’une situation à l’autre.

    Qui produit la situation de travaux et quand

    Le rôle du maître d’œuvre

    La situation est produite par le maître d’œuvre ou l’économiste de la construction pas par l’entreprise. C’est l’une des missions essentielles de la DET (Direction de l’Exécution des Travaux). Le maître d’œuvre constate l’avancement sur le terrain, ou se base sur les éléments transmis par les entreprises, et produit le document qui engage la procédure de paiement.

    Dans les structures où plusieurs personnes interviennent sur le même projet, la production des situations est souvent déléguée à une assistante ou un chargé de suivi financier, qui travaille à partir des données du logiciel.

    « Dans la partie maîtrise d’œuvre, on utilise tout ce qui est situation de travaux, les bons de paiement et tous ces documents là. C’est souvent notre assistante qui, va gérer tout ce qui est bon de paiement et suivi financier du chantier par rapport au bon de paiement des entreprises. »

    – Stéphane Rohmer, maître d’œuvre

    La fréquence : mensuelle ou à la demande

    La situation de travaux est généralement mensuelle, elle correspond à un cycle de paiement que le maître d’ouvrage et les entreprises anticipent. Certains marchés prévoient une fréquence différente (bimestrielle, trimestrielle) ou une situation à la demande sur des phases courtes.

    Ce calendrier est fixé dans le CCAP (Cahier des Clauses Administratives Particulières) ou dans le règlement de consultation. Il est important de s’y tenir : un retard de situation retarde mécaniquement le paiement des entreprises, ce qui génère des tensions et des relances inutiles.

    Le tableau récapitulatif mensuel transmis au maître d’ouvrage.

    « Nous, on essaie de se forcer à remettre tous les mois à notre client un tableau récap d’avancée de son chantier en termes de planification financière. »

    – Stéphane Rohmer, maître d’œuvre

    Ce tableau synthétique, montant des marchés, cumul payé, reste à payer, est l’une des pièces les plus attendues par le maître d’ouvrage. Il lui permet de suivre sa trésorerie et de vérifier que les décaissements correspondent à l’avancement physique réel du chantier. Le produire chaque mois, sans attendre qu’il le réclame, fait partie de la valeur ajoutée du maître d’œuvre.

    Les 3 erreurs les plus coûteuses dans la production des situations

    1. Oublier d’intégrer les avenants avant de calculer l’avancement

    Un avenant validé mais non intégré dans la base de calcul crée un écart entre le montant du marché réel et celui utilisé pour l’avancement. Si l’avenant porte sur des travaux en cours, le pourcentage d’avancement calculé sur l’ancienne base ne correspond plus à la réalité.

    L’entreprise perçoit moins que ce à quoi elle a droit, ou le solde de fin de marché ne tombe pas juste. La correction en DGD (Décompte Général Définitif) est possible mais fastidieuse et génère souvent des contestations.

    Tout avenant signé doit être intégré dans la base de calcul avant la production de la situation suivante. Sans cela, tous les pourcentages d’avancement calculés depuis l’avenant sont faux.

    2. Ne pas appliquer la retenue de garantie

    La retenue de garantie est prélevée à chaque situation à hauteur de 5 % du montant des travaux réalisés. Elle constitue la garantie financière que le maître d’ouvrage conserve jusqu’à la levée des réserves généralement un an après la réception des travaux.

    Ne pas appliquer systématiquement la retenue de garantie par oubli, par simplification ou parce que l’entreprise la conteste expose le maître d’ouvrage à se retrouver sans levier financier quand les réserves doivent être levées. Si l’entreprise propose une caution bancaire en substitution, cette caution doit être enregistrée avec ses références et sa date d’expiration.

    3. Confondre avancement physique et avancement financier

    L’avancement physique, c’est ce que vous observez sur le terrain : les cloisons sont montées à 70 %, le carrelage est posé au rez-de-chaussée, la couverture est terminée. L’avancement financier, c’est ce que l’entreprise peut légitimement facturer selon le marché.

    Ces deux notions ne coïncident pas toujours. Des prestations peuvent être réalisées mais pas encore réceptionnées. Des matériaux peuvent être approvisionnés sur chantier mais pas encore mis en œuvre. Le CCAP définit les règles applicables certains marchés permettent de facturer sur approvisionnement, d’autres non. Vérifier ces règles avant de valider une situation évite des contestations en fin de marché.

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    La méthode ligne par ligne

    Produire une situation rigoureuse, c’est travailler lot par lot et prestation par prestation, depuis le DQE marché. Voici la méthode en quatre étapes.

    Étape 1 : Vérifier que la base est à jour

    Avant de saisir l’avancement, vérifiez que le DQE marché reflète le marché réel : les avenants signés depuis la dernière situation doivent être intégrés, les prix unitaires doivent correspondre aux prix contractuels, et les quantités ne doivent pas avoir été modifiées sans validation.

    Une base inexacte produit des situations inexactes. Cela semble évident mais c’est la vérification que l’on saute le plus souvent sous pression.

    Étape 2 : Saisir le pourcentage d’avancement ou les quantités réalisées

    Pour chaque prestation du DQE marché, vous renseignez soit un pourcentage d’avancement global (ex : 65 % de la totalité des cloisons), soit les quantités réalisées en valeur absolue (ex : 185 m² sur les 280 m² du marché). Le logiciel calcule automatiquement le montant correspondant.

    La saisie par quantités réelles est plus précise, elle permet de détecter les écarts entre ce qui a été mis en œuvre et ce qui était prévu. La saisie par pourcentage est plus rapide mais plus susceptible de générer des approximations qui s’accumulent d’une situation à l’autre.

    Étape 3 : Calculer le cumulé et la période

    Le montant de la situation est la différence entre le cumulé HT actuel et le cumulé HT de la situation précédente. Ce calcul est automatique dans un logiciel métier, mais il doit être vérifié manuellement quand la situation est produite sous Excel, surtout si des avenants ont modifié la base entre les deux périodes.

    Étape 4 : Appliquer les retenues et les proratas

    La retenue de garantie de 5 % est appliquée au montant de la période. Si un compte prorata a été mis en place pour les dépenses communes (eau, électricité, nettoyage), la quote-part de l’entreprise est déduite. Les avenants de révision de prix ou d’actualisation, si le marché le prévoit, sont intégrés à ce stade.

    Le solde net à percevoir, montant de la période, moins retenues, moins prorata, est le chiffre que vous transmettez au maître d’ouvrage dans la proposition de paiement. Ce chiffre doit correspondre exactement à ce que l’entreprise facturera. Tout écart entre la situation du maître d’œuvre et la facture de l’entreprise génère une relance.

    La proposition de paiement associée

    La proposition de paiement est le document que le maître d’œuvre transmet au maître d’ouvrage pour lui demander de payer l’entreprise. Elle reprend les données de la situation, les récapitule par lot et par entreprise, et indique le montant exact à régler.

    « Ce qui me séduit vraiment beaucoup et ce qui nous facilite nos tâches, c’est de pouvoir faire aussi tout ce qui est le suivi financier du chantier, les rapports financiers, sans perdre beaucoup de temps à faire des tableurs Excel, en disant : aujourd’hui, vous avez des marchés d’un tel montant, vous avez déjà payé telle somme et il vous reste encore à payer telle somme. »

    – Stéphane Rohmer, maître d’œuvre

    Ce que la proposition de paiement contient

    Le document reprend, pour chaque entreprise concernée : le récapitulatif du marché (marché initial + avenants), le cumulé HT des travaux réalisés et le montant de la période, les retenues et proratas déduits, le solde net à percevoir, et le rappel de ce qui a déjà été payé lors des situations précédentes.

    Cette synthèse permet au maître d’ouvrage de valider le paiement en une lecture rapide. Elle constitue également une pièce du dossier financier du chantier, consultable en cas de litige ou d’audit.

    Délais de paiement et obligation de validation

    Le maître d’ouvrage dispose d’un délai pour valider la proposition de paiement et régler l’entreprise, ce délai est fixé dans le CCAP. En dessous de ce délai, l’entreprise peut réclamer des intérêts de retard. Au-delà, le maître d’œuvre doit relancer.

    Suivre ces délais est l’une des missions de gestion administrative du chantier. Un tableau de bord mensuel qui liste l’ensemble des situations émises, validées et en attente de règlement permet au maître d’œuvre de piloter cette procédure sans perdre le fil.

    « Et après, oui, ce qui est très intéressant pour nous, c’est l’utilisation de tous les tableaux récapitulatifs des avancements de paiement ou de ce qui reste à payer sur le chantier, ce qui a été payé et ainsi de suite. »

    – Stéphane Rohmer, maître d’œuvre

    Du DQE marché au DGD : la chaîne sans rupture

    Chaque situation validée s’intègre dans une chaîne documentaire continue : DQE marché signé -> situations mensuelles -> avenants éventuels -> DGD en fin de chantier. Cette chaîne doit être cohérente de bout en bout. Le DGD est la somme de toutes les situations et de tous les avenants, si une situation est erronée, l’erreur se répercute dans le DGD et peut provoquer un litige à la réception.

    Pour aller plus loin sur l’ensemble du suivi financier :

    En résumé

    La situation de travaux est le document pivot du suivi financier du chantier. Bien conduite, elle garantit des paiements cohérents, une traçabilité complète et un DGD sans surprise. Mal conduite, elle accumule des écarts qui se révèlent toujours au pire moment.
    Vérifier la base avant de saisir l’avancement, appliquer systématiquement les retenues, travailler en cumulé depuis l’ordre de service, et transmettre chaque mois un récapitulatif synthétique au maître d’ouvrage, ce sont les quatre réflexes qui font la différence.

    Pour la phase qui précède : Analyser les offres entreprises et attribuer vos marchés

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    Questions fréquentes sur les situations de travaux

    Qu’est-ce qu’une situation de travaux ?

    La situation de travaux est un document mensuel produit par le maître d’œuvre pour constater l’avancement des travaux d’une entreprise et déclencher le paiement correspondant. Elle constate les travaux réalisés depuis l’ordre de service, calcule le montant dû déduction faite des retenues et proratas, et alimente la proposition de paiement transmise au maître d’ouvrage.

    Quelle est la différence entre situation de travaux et facture d’entreprise ?

    La situation de travaux est produite par le maître d’œuvre, elle certifie que les travaux réalisés correspondent à ce que l’entreprise peut facturer. La facture est émise par l’entreprise sur la base de la situation validée. Ces deux documents doivent être cohérents : tout écart entre la situation du MOE et la facture de l’entreprise génère un litige de paiement.

    Qu’est-ce que la retenue de garantie dans une situation de travaux ?

    La retenue de garantie est un prélèvement de 5 % du montant des travaux réalisés, conservé par le maître d’ouvrage jusqu’à la levée des réserves, généralement un an après la réception des travaux. Elle constitue la garantie financière contre les malfaçons non corrigées. L’entreprise peut la remplacer par une caution bancaire. Ne pas l’appliquer expose le maître d’ouvrage à perdre ce levier si l’entreprise est défaillante en fin de chantier.

    À quelle fréquence produit-on les situations de travaux ?

    En règle générale, les situations sont mensuelles. La fréquence est fixée dans le CCAP ou le règlement de consultation. Certains marchés prévoient une fréquence différente selon la nature des travaux ou le montant du marché. Respecter cette fréquence est important : un retard de situation retarde mécaniquement le paiement des entreprises et génère des tensions inutiles.

    Qu’est-ce qu’un décompte général définitif (DGD) ?

    Le DGD est le document de clôture financière du marché. Il correspond à la somme de toutes les situations de travaux validées et de tous les avenants. Il est établi en fin de chantier, après la réception des travaux et la levée des réserves. Il constitue la pièce justificative définitive des sommes versées à l’entreprise. Toute incohérence dans les situations intermédiaires se retrouve dans le DGD et peut provoquer des contestations.